28.3.2025

Pourquoi certains feedbacks – même bienveillants – désengagent les collaborateurs

C’était censé motiver… mais ça a eu l’effet inverse”

Vous venez de féliciter un collaborateur pour son implication sur un projet complexe. Le message était bienveillant, le ton était neutre, le timing plutôt bon. Et pourtant… quelque chose s’est figé dans son regard. Il a répondu par un sourire rapide, presque forcé. Depuis, il semble plus distant, moins investi. Vous vous demandez : “Ai-je dit quelque chose de mal ?”

Le feedback est souvent perçu comme un levier de développement, de motivation, voire de reconnaissance. Et dans l’idéal, il devrait l’être. Mais dans la pratique, un feedback mal formulé, mal perçu ou mal calibré peut démobiliser, voire blesser.

Et ce ne sont pas uniquement les retours négatifs ou critiques qui posent problème. Certains feedbacks bienveillants provoquent eux aussi un effet inverse à celui escompté.

Alors, pourquoi ? Et comment éviter de tomber dans ces pièges invisibles ?

Le feedback bienveillant… mais vide de substance

La première source de désengagement se niche dans les feedbacks creux, ces phrases toutes faites censées encourager, mais qui manquent de précision et de sincérité.

Prenons un exemple courant : “Super travail, comme toujours !”. À première vue, le message est positif. Mais le collaborateur ne sait pas ce qui a été remarqué, ce qui est réellement valorisé dans sa contribution. Il ne perçoit pas la reconnaissance, seulement un automatisme.

Un retour est réellement motivant lorsqu’il :

  • porte sur une action concrète,
  • décrit l’impact généré,
  • et laisse une trace émotionnelle positive.

Sans cela, il glisse sur la surface, et laisse parfois une impression d’indifférence polie.

Quand la bienveillance masque une attente implicite

Dans de nombreux environnements orientés performance, le feedback se pare d’un ton encourageant, tout en entretenant une pression constante. Des formulations comme “Tu as fait du bon boulot, mais je sais que tu peux aller plus loin” ou “C’est bien, malgré les difficultés” laissent entendre que le niveau attendu est toujours au-dessus.

Ce type de feedback entretient une logique où :

  • l’excellence est supposée permanente,
  • la reconnaissance est conditionnelle,
  • et le collaborateur est poussé à se surpasser, sans jamais savoir où se situe la ligne d’arrivée.

La conséquence ? Une fatigue insidieuse, et l’impression de ne jamais être à la hauteur, même quand l’intention managériale était de soutenir.

Le feedback bienveillant… mais vécu comme une mise en doute

Avec l’essor des modèles agiles, du travail hybride et des outils collaboratifs, Slack, e-mails, réunions hebdo, entretiens trimestriels : les retours sont constants, parfois contradictoires, rarement hiérarchisés.

Ce phénomène, qu’on pourrait appeler “l’inflation du feedback”, a des effets délétères :

  • Les collaborateurs perdent le fil des priorités.
  • Ils entrent en hypervigilance permanente, craignant le prochain retour.
  • Ils finissent par se censurer, redoutant de s’exposer à une critique.

Un bon feedback n’est pas une pluie de micro-corrections. C’est un acte posé, qui s’intègre dans un cadre clair, au bon moment, et pour la bonne raison.

Le désalignement entre feedback et réalité vécue

Un feedback, même bien formulé, peut tomber à côté s’il n’est pas connecté à l’état émotionnel, contextuel ou professionnel du collaborateur. Un manager qui félicite un salarié pour sa rigueur alors que celui-ci traverse une surcharge chronique, risque de produire l’effet inverse de celui recherché.

Le retour, perçu comme déconnecté, devient alors une source d’incompréhension :

  • “On ne voit pas ce que je vis vraiment.”
  • “On valorise ma performance mais on ignore mon épuisement.”

La justesse d’un feedback ne dépend pas uniquement de sa formulation, mais de la qualité de l’écoute préalable, et de la capacité à prendre en compte la situation du collaborateur dans sa globalité.

Les effets invisibles du feedback mal calibré

On parle souvent des effets positifs du feedback — mais beaucoup plus rarement des signaux faibles d’un retour mal reçu.

Et pourtant, ils sont nombreux :

  • Une baisse de proactivité.
  • Une participation plus effacée en réunion.
  • Un recul progressif des initiatives.
  • Une distance émotionnelle croissante.

Le collaborateur ne claque pas la porte. Il se détache. Discrètement.

Et cette forme de désengagement silencieux est bien plus difficile à détecter et à corriger qu’un conflit ouvert.

Vers un feedback qui engage : pistes pour les managers

Revenir à l’essence du feedback, c’est sortir de la logique du “retour automatique” pour entrer dans une culture de la reconnaissance vraie et de l’alignement sincère.

Voici quelques leviers concrets :

  • Spécificité : mentionner une action, un comportement, un résultat précis.
  • Impact : expliquer en quoi cette action a été utile pour l’équipe, le projet ou l’organisation.
  • Timing adapté : éviter les feedbacks “sacrifiés” entre deux urgences, ou retardés jusqu’à l’entretien annuel.
  • Ouverture au dialogue : un bon feedback n’est pas un verdict. C’est une conversation.

Et surtout : prendre en compte l’état émotionnel de la personne à qui l’on s’adresse. Parfois, un silence bienveillant vaut mieux qu’un retour mal placé.