Vous venez de féliciter un collaborateur pour son implication sur un projet complexe. Le message était bienveillant, le ton était neutre, le timing plutôt bon. Et pourtant… quelque chose s’est figé dans son regard. Il a répondu par un sourire rapide, presque forcé. Depuis, il semble plus distant, moins investi. Vous vous demandez : “Ai-je dit quelque chose de mal ?”
Le feedback est souvent perçu comme un levier de développement, de motivation, voire de reconnaissance. Et dans l’idéal, il devrait l’être. Mais dans la pratique, un feedback mal formulé, mal perçu ou mal calibré peut démobiliser, voire blesser.
Et ce ne sont pas uniquement les retours négatifs ou critiques qui posent problème. Certains feedbacks bienveillants provoquent eux aussi un effet inverse à celui escompté.
Alors, pourquoi ? Et comment éviter de tomber dans ces pièges invisibles ?
La première source de désengagement se niche dans les feedbacks creux, ces phrases toutes faites censées encourager, mais qui manquent de précision et de sincérité.
Prenons un exemple courant : “Super travail, comme toujours !”. À première vue, le message est positif. Mais le collaborateur ne sait pas ce qui a été remarqué, ce qui est réellement valorisé dans sa contribution. Il ne perçoit pas la reconnaissance, seulement un automatisme.
Un retour est réellement motivant lorsqu’il :
Sans cela, il glisse sur la surface, et laisse parfois une impression d’indifférence polie.
Dans de nombreux environnements orientés performance, le feedback se pare d’un ton encourageant, tout en entretenant une pression constante. Des formulations comme “Tu as fait du bon boulot, mais je sais que tu peux aller plus loin” ou “C’est bien, malgré les difficultés” laissent entendre que le niveau attendu est toujours au-dessus.
Ce type de feedback entretient une logique où :
La conséquence ? Une fatigue insidieuse, et l’impression de ne jamais être à la hauteur, même quand l’intention managériale était de soutenir.
Avec l’essor des modèles agiles, du travail hybride et des outils collaboratifs, Slack, e-mails, réunions hebdo, entretiens trimestriels : les retours sont constants, parfois contradictoires, rarement hiérarchisés.
Ce phénomène, qu’on pourrait appeler “l’inflation du feedback”, a des effets délétères :
Un bon feedback n’est pas une pluie de micro-corrections. C’est un acte posé, qui s’intègre dans un cadre clair, au bon moment, et pour la bonne raison.
Un feedback, même bien formulé, peut tomber à côté s’il n’est pas connecté à l’état émotionnel, contextuel ou professionnel du collaborateur. Un manager qui félicite un salarié pour sa rigueur alors que celui-ci traverse une surcharge chronique, risque de produire l’effet inverse de celui recherché.
Le retour, perçu comme déconnecté, devient alors une source d’incompréhension :
La justesse d’un feedback ne dépend pas uniquement de sa formulation, mais de la qualité de l’écoute préalable, et de la capacité à prendre en compte la situation du collaborateur dans sa globalité.
On parle souvent des effets positifs du feedback — mais beaucoup plus rarement des signaux faibles d’un retour mal reçu.
Et pourtant, ils sont nombreux :
Le collaborateur ne claque pas la porte. Il se détache. Discrètement.
Et cette forme de désengagement silencieux est bien plus difficile à détecter et à corriger qu’un conflit ouvert.
Revenir à l’essence du feedback, c’est sortir de la logique du “retour automatique” pour entrer dans une culture de la reconnaissance vraie et de l’alignement sincère.
Voici quelques leviers concrets :
Et surtout : prendre en compte l’état émotionnel de la personne à qui l’on s’adresse. Parfois, un silence bienveillant vaut mieux qu’un retour mal placé.